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  • Housing First : le projet “Un chez soi d’abord” d’Aurore

Un chez soi d'abord : l'expérimentation française d'Housing First

 

Aurore participe à la recherche expérimentale Housing first à Paris qui propose en première instance un logement aux personnes sans abri souffrant de troubles mentaux ou d’addictions. Un programme qui se démarque de toutes les solutions d’hébergement actuelles.

 

Un chez soi d’abord : l’expérimentation inspirée des Etats-Unis

un chez soi d'abordLancée fin 2010 par le ministère du Développement Durable, au sein du programme Logement d’Abord, l’expérimentation Housing first (Un chez soi d’abord, en français) est programmée sur 4 sites : Lille, Marseille, Toulouse et Paris.

Dans la capitale, 100 logements seront proposés pendant 3 ans, sous forme de baux glissants, à des personnes sans abri ayant des troubles psychiques sévères, des addictions, et/ou sortants de prison.

Si le programme répond bien à un besoin auprès de ce public, il s’agit avant tout d’une recherche médicale avant d’être une solution d’hébergement ou de logement. Ainsi, 24 mois durant, une équipe de chercheurs visitera dans leur appartement les participants à l’expérimentation.

Menée en 2009 au Canada et précédemment aux Etats-Unis dans les années 90, l’expérimentation a montré dans les villes nord-américaines une forte prise d’autonomie des bénéficiaires et une stabilisation éprouvée puisque 70 à 80% des personnes étaient encore dans leur logement après 4 ans.

 

Un public particulièrement marginalisé

Si le programme s’adresse aux sans abri souffrant de troubles psychiques sévères, (schizophrénie, troubles bipolaires) et d’addictions, c’est parce qu’il s’agit d’un public particulièrement marginalisé, pour lequel les solutions proposées aujourd’hui ne sont pas adaptées.

“Ces personnes sont dans une situation qui porte toutes les indications et toutes les contre-indications à l’accès aux structures classiques » explique Jean-Marc Antoine, chef de projet Aurore sur l’expérimentation.

Il précise :“Etant sans abri, la personne pourrait prétendre à l’hébergement en CHRS. Cependant ses troubles mentaux l’excluent de ce type de structure, collective notamment, qui ne peut généralement pas prendre en charge sa pathologie, et ne pourrait gérer d’éventuels accès de violence ou des décompensations. De la même façon, l’hôpital peine à prendre en charge les grands exclus handicapés psychiques ou toxicomanes, pour qui l’instabilité de la rue empêche de suivre correctement un traitement et de respecter les règlements hospitaliers“.

Selon l’étude Samenta, réalisée par l’Observatoire du Samu Social, 1/3 des personnes sans abri en Ile-de-France souffrent de troubles psychiques. Housing First pourrait être une réponse à leur situation spécifique.

 

Un chez soi d’abord place le logement au coeur du programme d’insertion

 

un chez soi d abord en franceIl était possible de créer de nouveau type de CHRS spécialisés, agrémentés d’un fort partenariat avec le secteur sanitaire, et qui n’accueilleraient que ce public souffrant de troubles. Mais avec la mise en place du Logement d’Abord, le pari a été lancé d’inverser les logiques de prise en charge.

Aujourd’hui, lorsqu’une personne en difficulté entame un parcours d’insertion, elle doit commencer par trouver un hébergement, des lieux de soins (ambulatoires ou hospitaliers) pour aller progressivement vers le logement temporaire, puis durable, faisant de ce dernier un objectif en soi.

Avec Housing First, le logement est un préalable à l’insertion et c’est dans le logement que s’effectuent le soin et l’insertion.

Plutôt que de demander aux bénéficiaires d’entrer dans les « cases », de répondre aux critères d’admission d’une structure, ce sont les professionnels qui s’adaptent, au cas par cas, à sa situation.

Pour ce faire, les suivis sociaux et médicaux ne se feront pas, comme à l’accoutumée, au bureau du référent social ou à l’hôpital : les professionnels se rendront au domicile de la personne à raison de 3 visites par semaine. Médecins, psychologues, éducateurs spécialisés constituent une sorte de garde-fou, une rampe de soutien, et peut-être, une rampe de lancement vers l’autonomie.

 

Le bénéficiaire, co-constructeur d’Un chez soi d’abord

Le projet Housing First entend mettre la personne au cœur de sa prise en charge, lui faire prendre part à toutes les étapes de l’accompagnement.

Tout d’abord, les bénéficiaires seront informés du caractère expérimental d’Un Chez Soi d’Abord. Plusieurs rendez-vous préalables à l’entrée dans le dispositif auront été pris avec la personne chargée de valider l’orientation –en l’occurrence, l’un des chercheurs travaillant sur le programme- pour que le bénéficiaire prenne une décision en connaissance de cause.

Faire avec la personne signifie faire avec toutes ses difficultés. C’est pourquoi aucun critère –à part l’inadaptation aux dispositifs classiques- n’interfèrera dans son admission. Les consommateurs de psychotropes actifs seront, par exemple, à même de participer au programme Housing First.

Enfin, le bénéficiaire aura le choix entre 2 à 3 studios différents, dans différents quartiers de la ville. « Ce choix est important. Une personne ayant fait la manche durant des années devant le métro ou les commerces, ne souhaitera sans doute pas habiter le quartier. Donner le choix aux personnes, c’est d’ailleurs commencer la prise en charge car les refus devront être motivés et leurs arguments seront des outils pour mieux les comprendre » précise Jean-Marc Antoine.

Le mobilier sera lui aussi choisi avec l’usager et sera l’occasion d’établir des priorités parmi les équipements (machine à laver, literie, réfrigérateur, plaque de cuisson, micro-ondes…). Ces choix permettront de commencer le travail sur le « savoir habiter » (dormir dans son lit, aérer son logement, savoir l’entretenir, …).

Enfin, les bénéficiaires seront totalement intégrés à la prise en charge, si bien qu’il sera possible de discuter des traitements médicamenteux s’il y en a.

Comparativement aux structures actuelles, ce principe de participation des usagers, qui les inscrit dans l’organisation du dispositif lui-même, est une innovation.

 

Aurore et le programme parisien

Le projet commun de l’association Aurore et de l’Etablissement Public de Santé Maison Blanche a été retenu par la DRIHL pour la mise en place de l’expérimentation à Paris. C’est en fait un Groupement Momentané d’Entreprises (GME), coordonné par Aurore et l’EPS Maison Blanche qui gèrera les logements et les suivis sociaux et médicaux des personnes.

Il regroupe l’Association des Cités du Secours Catholique, l’Association Charonne, l’œuvre Falret et le Centre d’Action Sociale de la Ville de Paris.

Le choix du groupement permet ainsi de mettre à disposition du public hébergé les expériences et les savoir-faire de chaque structure, pour faire de cette expérimentation une réussite.

 

Les institutions qui luttent contre l’exclusion attendent beaucoup de ce programme : l’accès au logement en première étape, l’articulation de l’accompagnement social et des soins autour de la personne, sont des perspectives nouvelles de travail qui pourraient répondre aux besoins des personnes exclues parmi les exclus.

Présentation du responsable Un chez soi d'abord à Aurore

Jean-Marc Antoine

 

Formé en sciences économiques, en psychologie et en psychiatrie, Jean-Marc Antoine exerce au Centre de santé mentale du XIIIe arrondissement de Paris de 1967 à 1974, puis au Centre psychothérapique de St Martin du Vignogoul de 1974 à 1975. Il intègre ensuite l’association Aurore et travaille successivement au sein des services Cévènnes-Labrador, Etoile du Matin et Soleillet jusqu’en 1995.

 

En parallèle de son travail chez Aurore, il s’engage dès 1982 auprès de la Fnars où il siège de 1982 à 1985 au Bureau National et au poste de Délégué Régional Paris Île de France. Il devient Vice Président de la Fnars de 1995 à 1998, toujours pour la région le de France. Depuis 2004, il est membre du Groupe National Santé de cette fédération.
Durant ces années, Jean-Marc Antoine milite au sein de différentes associations, à la recherche de solutions alternatives favorisant les droits des personnes afin que leurs besoins soient priorisés et qu’elles soient ainsi considérées comme des personnes à part entière et non comme des symptômes ou des syndromes.
Il développe également une expérience à l’étranger en coordonnant l’implantation des ressources alternatives en santé mentale à Montréal (Québec, Canada) de 1985 à 1987. Il gère dans ce cadre le premier Centre de Crise québécois et intègre le groupe Une politique en santé mentale au Québec (1986-1988).

 

En 1996, il accède au poste de Directeur adjoint chargé des CHRS d’Aurore, puis de Directeur du logement temporaire jusqu’en 2006, date à laquelle il prend la direction du pôle Habitat, fonction qu’il occupe pendant cinq ans.
Jean-Marc Antoine est aujourd’hui chargé du projet expérimental parisien Un chez soi d’abord pour des personnes à la rue atteintes de troubles psychiatriques sévères, schizophrénies, troubles bi polaires et addictions.
Citoyen aux engagements éclectiques, il a également été membre du Comité Consultatif pour la Libération Conditionnelle de 1991 à 1995 et fait partie du Groupe d’Appui National Santé depuis 2004.

 

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