
Témoignage d'Elodie, 27 ans, salariée en insertion à l’ESAT Santeuil
Découvrez le témoignage d'Elodie, 27 ans, salariée en insertion à l’ESAT Santeuil. Ce témoignage est retranscrit dans son authenticité.
Ici, c’est mon premier travail en milieu protégé.
Depuis que je suis jeune, j’ai ma déclaration de handicap. Je suis née avec une malformation des pieds. Quand j’ai commencé à travailler dans le milieu ordinaire, je n’étais pas assez rapide, on ne me gardait pas.
J’ai aussi été suivie en CMP (centre médico- psychologique) pour l’hyperactivité, et encore aujourd’hui je suis suivie par un psy.
La restauration, j’adore depuis que je suis jeune ! Ma mère faisait la cuisine, mon père était boucher. A 10 ans j’allais avec lui à Rungis à 4 heures du matin et j’aidais. C’est comme ça que j’ai appris.
J’ai fait mes études au lycée Belliard, dans le 18ème. Ils font restauration et cuisine. J’ai fait un an de cuisine et j’ai eu mon CAP de pâtisserie avec en plus une mention « desserts sur assiettes ». C’est à ce moment qu’on a découvert ma malformation des pieds, mais j’ai voulu continuer et j’ai commencé à travailler.
Au début, j’étais en boulangerie-pâtisserie, mais les horaires étaient très durs : on commençait à 3 heures du matin… Après j’ai travaillé dans des restaurants étoilés. Je n’ai pas de bons souvenirs. Les gens ne se respectaient pas, il n’y avait pas d’esprit d’équipe, c’était horrible.
J’ai fait une demande auprès de la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées), et j’ai été prise ici, ça fait presque 4 ans.
Ici, ça se passe super bien ! Au début, j’étais un peu timide mais j’ai une très bonne équipe et des moniteurs super sympa ; avec mes collègues, chacun trouve son équilibre : si l’un n’y arrive pas, l’autre aide…
Dans l’équipe, on est 13 ou 14. On se distribue les postes, et toutes les 2 semaines, on change : un coup au chaud (les préparations, la réchauffe, la mise en place) et un coup au froid (les entrées, les desserts, les bases). Tout est cuisiné ici.
La pâtisserie me manque un peu mais des fois, on fait des galettes des rois, une tarte au citron meringué, des brownies, …
Je me suis fait des amis parmi mes collègues, des fois on va prendre un pot ou un dessert à l’extérieur.
Avec les encadrants, ça se passe bien. On a 2 moniteurs dans chaque équipe. Tous les mois on a une réunion par équipe. On explique si ça va bien, s’il n’y a pas de problème…
On a aussi les CVS. C’est 4 personnes, qui sont élues dans les équipes, et le chef de service, la secrétaire et les chefs.
Moi, je suis élue au CVS depuis l’année dernière. On se réunit et on parle sans qu’il y ait les salariés, pour voir s’il peut y avoir des améliorations, s’il y a des problèmes, ….
Etre ici, ça m’a permis de me poser et de déstresser. J’ai pris confiance en moi ; dans mon travail, je suis autonome. Je pense que je vais rester dans la restauration. Je ne me vois pas assise dans un bureau, je suis physique !
L’année dernière, j’ai fait partie d’une équipe de l’ESAT qui a passé un concours national, qui s’appelle Cap’handicook. Nous avons remporté le premier prix ! J’ai ramené la coupe à l’ESAT et j’en suis très fière. C’est une belle expérience pour montrer qu’on peut faire de grandes choses même en étant handicapé.
J’ai des projets, je fais des économies pour partir dans le Nord. Mon partenaire est là-bas et on a prévu d’acheter une maison. Mais c’est compliqué de trouver un CDI, et tant qu’on n’en a pas, on ne peut pas acheter.
Mon projet, c’est de faire des stages là-bas pour voir comment ça se passe, parce qu’il y a quelques ESAT en restauration.
Ce qui est bien, c’est qu’ici, ils accompagnent : on peut aller faire un stage là-bas pendant 15 jours et si ça ne va pas, on revient ici. C’est super bien, franchement !
