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Témoignage

Témoignage de Badji, 52 ans, résident aux ACT Bords d'Oise

Découvrez le témoignage de Badji, 52 ans, résident aux ACT Bords d'Oise. Ce témoignage est retranscrit dans son authenticité.

Au Mali, je travaillais dans une ONG dans le domaine de la santé. J’étais un peu souffrant, mais je n’avais jamais imaginé que ma maladie était de ce niveau. J’ai pris un congé d’un mois pour faire des bilans en France. J’ai un frère ici, j’étais logé chez lui. A la base, c’est lui qui m’avait invité. Nous avons le même papa, on a grandi ensemble, on a fait tout ensemble au pays. Comme c’était pour un mois, il n’y avait pas de problème.

J’ai fait les bilans et on m’a dit que mon problème de santé, c’est une insuffisance rénale et qu’il faut forcément faire 3 séances de dialyse par semaine à l’hôpital. C’est là où le monde s’est écroulé sur moi, parce que je ne m’attendais pas à ça du tout. A la base, j’étais venu pour un congé d’un mois !

Une cohabitation difficile

Quand il a été dit que je souffrais de cette maladie et que je devrais rester, la cohabitation est devenue très difficile. Au bout de 4 mois, mon frère m’a mis dehors. A ce moment, j’étais très affaibli. Quand je suis arrivé, je pesais 78 kilos, aujourd’hui je suis à 92 : j’avais dépéri !

En fait, j’ai été prévoyant, parce que j’ai compris que ça allait devenir compliqué chez lui, je voyais que ça allait finir, alors j’appelais le 115 les jours où je ne faisais pas la dialyse. Quand le 115 me donnait une place, j’allais dormir là-bas.

Donc le jour où il m’a mis dehors, précisément le 23 mai 2023, une date que je n’oublierai jamais, l’assistante sociale de l’hôpital a cherché un CHU pour moi. Le 115 me connaissait déjà et connaissait ma situation, donc ça a facilité pour eux de me mettre dans un CHU le jour-même, à Versailles, où je suis resté 16 mois avant de venir ici.

La vie que j’ai vécue au CHU et celle que je suis en train de vivre ici, c’est totalement différent. Au CHU, j’étais dans une chambre de 8 personnes ; il y avait quelques personnes qui pouvaient passer trois mois sans prendre une douche. Depuis mon arrivée ici, sincèrement, j’ai retrouvé ma tranquillité, j’ai surtout retrouvé ma dignité.

Pour venir ici, c’est l’assistante sociale de l’hôpital qui a fait la demande d’ACT à Aurore. J’ai quitté le CHU le 1er octobre 2024 et je suis arrivé ici direct.

Aux ACT Bords de l’Oise

Je suis avec deux personnes dans la maison, et tout se passe très bien.
Sur le plan de la santé, je me porte très bien. Je vais à l’hôpital 3 fois par semaine. Un taxi me dépose à l’hôpital vers 11h et revient me chercher à 16 heures, c’est très bien organisé. Les dialyses, il faut les faire. Elles durent 4 heures, les reins ne fonctionnent même pas à 40% ; c’est fatigant, une dialyse.

L’assistante sociale d’Aurore, je la vois chaque semaine. L’infirmière aussi, deux fois par mois, ou plus si j’ai besoin de certains médicaments ; le psychologue aussi, c’est une fois dans le mois. L’auxiliaire, elle, passe régulièrement pour tout le monde, pour voir comment ça se passe.

Avant de venir, j’étais très avancé dans les démarches avec l’assistante sociale de l’hôpital. Quand je suis venu, déjà, j’avais un titre de séjour, mais la carte n’est sortie que quelques jours après mon arrivée ici. L’assistante sociale de l’ACT m’a aidé avec les ressources, c’était 225 euros, et j’ai été retirer ma carte.

Les démarches par rapport à la MDPH étaient aussi déjà engagées et les réponses sont tombées lorsque j’étais ici : mon dossier a été accepté.

Lorsque j’ai eu ma carte, j’ai entamé les démarches au niveau de la CAF avec l’assistante sociale d’Aurore pour l’allocation adulte handicapé, pour l’instant c’est en cours. J’ai eu ma carte vitale, la Carte Mobilité Invalidité et la RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé).

Le respect de la dignité humaine

Ce qui est très important : c’est vrai, il y a une équipe sociale de 4 personnes qui nous accompagne ; c’est vrai, ils jouent leur rôle correctement. Mais ils le font surtout avec le respect de la dignité humaine, et ça c’est très important. Et très professionnels.

Ce n’est pas parce qu’à un moment vous êtes dans une situation de faiblesse que certains, même s’ils doivent vous rendre service, ne le font pas avec la manière. Sincèrement, ici, ce n’est pas comme ça. Non seulement ils nous accompagnent, mais surtout avec la manière, avec le respect de la dignité humaine, c’est très important à mon avis.

J’apprécie beaucoup le travail qu’ils font, ils le font dans le respect du droit, dans le respect de l’homme. Lorsque vous avez un contact avec le personnel, on ne sent pas de sentiment de supériorité. Tout le monde est cool, on ne nous montre pas de sentiment de supériorité, de suffisance. Le chef de service, il nous voit dans le couloir, il vient nous serrer la main et nous demande comment ça va.

Ce sont des gestes qui ont beaucoup d’importance pour moi.

D’abord, pour être ici, il faut avoir une maladie chronique. Et chacun a une histoire, chacun est venu avec des problèmes, chacun a eu à dépasser des difficultés avant d’atterrir ici. Et, peut-être, chacun a eu des beaux jours avant d’arriver en France, ou ici. Chaque personne a droit au respect de sa dignité, et sincèrement, c’est ce qu’on a ici. En tout cas, c’est ce que moi j’éprouve en étant ici.

J’ai vécu de ces trucs avant, des choses pas belles à entendre, du racisme pur et dur, à visage découvert, même !

Vous voyez ça me fait à peu près 25 ans de mariage, j’ai vécu dans ma famille, dans mon appartement, et tout d’un coup je me retrouve dans ces conditions-là, dans une chambre de 8 personnes, … Ce n’était pas facile.

Mais tout ça c’est dans les oubliettes, ici j’ai dépassé tout ça. Ma tête est en train de sortir de l’eau et je pense que ça va aller. Pour le moment, la seule chose qui me préoccupe, c’est d’avoir un boulot et de pouvoir aider un peu ma famille et me prendre en charge.

Mon projet, maintenant, c’est vraiment de travailler.

J’ai en tête 3 projets. Le premier : je voudrais faire une formation pour être gardien d’immeuble., Mon conseiller chez France Travail dit que c’est physique, il ne sait pas si c’est compatible avec mon état de santé, mais je pense que pour le moment je peux le faire. J’ai rendez-vous dans quelques semaines pour discuter avec un conseiller de l’AFPA, une structure qui peut me permettre d’apprécier ma capacité.

Si ce n’est pas ça, j’ai pensé à un poste d’agent polyvalent, qui travaille dans les établissements scolaires. J’aime bien ce travail, si j’arrive à l’avoir.

Dans le cas contraire, la 3ème option, c’est de faire une formation pour être agent d’administration, agent d’accueil dans les services.

Il me faut en tout cas un travail qui ne serait pas trop physique, on m’interdit de prendre des charges.

19 ans dans une ONG internationale

Je n’ai jamais chômé dans ma vie. J’ai commencé à travailler à 23 ans, et jusqu’à mon arrivée en France, je n’ai pas chômé une journée. J’ai travaillé 19 ans dans une ONG dans le secteur de la santé : PSI, Population services international. C’est un fond mondial dans le domaine de la prévention du paludisme, du VIH-sida et de la tuberculose. On soutenait les centres de santé sur les plans financier et médical, en fournissant des médicaments, des moustiquaires, des vaccins, … La planification familiale, les maladies diarrhéiques des enfants, … On formait les laborantins des centres, on réalisait des journées de sensibilisation aux dépistages. On faisait les remontées de toutes les données dans les régions.

J’ai beaucoup voyagé, j’ai fait pratiquement toutes les régions du Mali. C’était très intéressant, c’était très bien payé aussi. J’ai été coordinateur, j’ai été superviseur, … J’ai beaucoup travaillé sur les financements américains.

Déjà 3 ans en France

Depuis bientôt 3 ans je ne suis pas retourné au Mali. Là-bas, je suis marié, j’ai une femme et trois enfants. Le premier a 28 ans, l’autre a 20 ans et dernier, 11 ans.

On s’appelle tous les jours, on se voit régulièrement en visio. Ils ne sont pas venus et je ne suis pas retourné les voir, il y a des problèmes de papiers, il faut aussi avoir un petit boulot pour avoir un peu de sous pour aller voir la famille.

Peut-être que ma femme et mon dernier fils me rejoindront, mais pour le moment cette idée ne m’enchante pas beaucoup.

Déjà, pour ma femme, venir ici, reprendre tout à zéro… C’est compliqué. Sincèrement, ça ne m’enchante pas… Ma femme est comptable. Si elle venait ici ce ne serait pas possible de trouver un poste de comptabilité.

En tout cas, je ne pense pas beaucoup à cette idée pour le moment.

Avec l’assistante sociale d’Aurore, on a fait une demande de logement social. D’abord, il faut forcément que j’aie un revenu.

En tout cas, personne ne souhaite rester comme ça : il faut être indépendant ! Déjà, c’est une très grande chance pour nous d’être là, d’être soutenus, accompagnés. Mais à un moment donné, il faut savoir quitter, il faut savoir sortir et puis voler par ses propres moyens.

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