
Addictions : Aurore appelle à une politique fondée sur le soin, l’autonomie et les droits des personnes
L’association Aurore, acteur majeur de l’accompagnement médico-social, appelle à une réforme des politiques publiques en matière d’addictions. Face à l’évolution des marchés, à la disponibilité des produits, à la violence des trafics et aux réponses essentiellement sécuritaires, Aurore défend une approche fondée sur la santé publique et la dignité des personnes. Seule cette approche équilibrée permettra de répondre aux défis d’ordre public et de santé publique que représentent les drogues et les addictions aujourd’hui.
En France, près de 5 millions de personnes consomment régulièrement du cannabis. En 2023, 9,4 % des adultes déclarent avoir déjà consommé de la cocaïne, contre 5,6 % en 2017, traduisant un marché alimenté par une offre plus abondante et accessible.
Ces chiffres révèlent une réalité souvent ignorée : la consommation de drogues est partout quel que soit l’âge ou la situation sociale. Et elle a un coût. En France le coût social des drogues illicites est de près de 8 milliards d’euros (source : OFDT), ceux de l’alcool et du tabac s’élèvent respectivement à 102 et 156 milliards d’euros. Pourtant, les politiques publiques peinent à s’adapter à ce phénomène d’ampleur et restent majoritairement axées sur la répression.
Aurore, acteur de terrain au plus près des réalités
Avec 21 dispositifs spécialisés (Centre d'Accueil et d'Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues, Centres de Soin, d'Accompagnement et de Prévention en Addictologie, communautés thérapeutiques…), Aurore propose à la fois des parcours vers l’abstinence pour ceux qui le souhaitent et le peuvent, ou une prise en charge médico-sociale pour limiter les conséquences de la consommation de drogue sur la santé, aussi appelée réduction des risques (RDR) et accompagner les personnes vers leur autonomie.
Cette contribution s’appuie sur une expertise consolidée par l’expérience de praticiens, pour proposer une approche fondée sur la santé publique, mettant ainsi en œuvre des politiques publiques financées par majoritairement l’Etat, avec l’appui de certaines collectivités locales.
Déconstruire les préjugés
Aurore appelle à déconstruire les représentations autour des usages de drogues qui ne font que créer du rejet sans permettre d’identifier des solutions. L’arrivée de produits nouveaux en permanence, la hiérarchisation morale des consommations ou encore l’invisibilisation des usages "socialement acceptés" freinent l'accès aux soins et à la prévention.
Alors que 73 % des Français sont favorables aux salles de consommation, seuls 20 % les accepteraient dans leur quartier (source : Observatoire français des drogues et conduites addictives). Leur efficacité en matière d’ordre public a pourtant été démontrée par de nombreuses études et expériences internationales. Ce décalage démontre un manque criant d’information et une perception déformée des établissements qu’il est urgent de déconstruire.
C’est au fond tout le parcours des politiques publiques qui est méconnu, malgré les réussites en matière d’accompagnement des personnes volontaires vers la maîtrise voire l’arrêt de leur consommation.
« Partout dans le monde, les addictions posent une question majeure de santé publique. Nos équipes de terrains déploient une approche humaniste, loin des logiques de stigmatisation, et sans complaisance. Car nous croyons dans l’autonomie de la personne et nous pensons que c'est en redonnant aux personnes leur dignité et leur autonomie qu’on peut parvenir à les soigner. Les politiques publiques réussissent en marchant sur deux jambes: santé publique et sécurité. »
Pierre Coppey, Président d’Aurore.
« Aujourd’hui, les drogues sont présentes partout, dans toutes les communes et tous les milieux. Il ne s’agit plus de choisir entre interdiction et permissivité, mais de construire une politique pragmatique qui accompagne les personnes là où elles sont, dans le respect de leur dignité. C’est aussi à cette condition que l’on répondra efficacement à la demande légitime de tranquillité publique. »
Florian Guyot, directeur général de l’association Aurore.
Les recommandations d’Aurore
Pour un débat de société sur la politique de lutte contre les drogues
Réviser la loi de 1970 pour donner la priorité à la santé publique
Permettre de parler des drogues sans limiter l’information.
Dépénaliser l’usage personnel et encadrer l’usage thérapeutique du cannabis.
Mieux répondre aux enjeux liés à l’usage d’opioïdes
Développer l’analyse des produits, comme prévu par la loi de 2016.
Améliorer l’accessibilité aux TSO en diversifiant l’offre.
Reconnaître la naloxone comme traitement de droit commun.
Adapter la réponse à la cocaïne et au crack
Ouvrir les espaces de consommation aux pratiques d’inhalation.
Développer l’hébergement spécialisé, l’accompagnement psychologique et l’accès au droit.
Améliorer les propositions permettant l’espacement des consommations.
Repenser l’hébergement généraliste où les questions d’addiction sont partout présentes
Former les intervenants sociaux des structures d’hébergement aux pratiques de réduction des risques.
Pérenniser les dispositifs spécifiques pour usagers actifs.
Repenser les pratiques autour de l’alcool, en privilégiant un encadrement sécurisant plutôt que l’interdiction dans les structures sociales.
Renforcer les soins résidentiels favorisant la stabilisation des consommations et le sevrage
Augmenter le nombre de structures mettant en œuvre la méthode Minnesota et diversifier les profils accueillis (femmes, jeunes, non francophones).
Faciliter l’accès aux structures existantes en améliorant leur coordination et l’orientation des personnes.
Reconnaître la pair-aidance pour renforcer l’accompagnement des personnes
Créer un référentiel national pour encadrer la pair-aidance.
Former les professionnels à travailler avec des travailleurs pairs.
Intégrer les dispositifs de Réduction des risques (RDR) dans la ville
Afin d’éviter les scènes de consommation de rue, pérenniser et développer les Haltes Soins Addictions (HSA), avec des zones d’inhalation pour le crack.
Faciliter l’intégration de l’usage supervisé dans les établissements accueillant des personnes usagères de drogues.
Intégrer l’analyse des produits sur site, en temps réel, pour réduire les risques liés à la méconnaissance et à la dangerosité des substances vendues.
