
A Soleillet, on ne sort pas de prison, on commence une nouvelle vie
Sortir de prison ne signifie pas simplement retrouver la liberté. C’est aussi faire face à une nouvelle série de contraintes : précarité, ruptures, solitudes, rejet social. Cette réalité est d’autant plus vraie lorsqu’on est une femme. Rares sont celles qu’on attend à la sortie. Depuis 40 ans, le Centre d’Hébergement et de réinsertion sociale Soleillet, géré par Aurore, accompagne les femmes dans cette transition difficile. Un accompagnement fondamental pour prévenir la récidive et construire une réinsertion efficace.
Un lieu pionner en France
Né en 1984 à l’initiative du ministère de la Justice, le CHRS Soleillet est un dispositif unique en son genre. Situé dans le 20e arrondissement de Paris, il héberge et accompagne des femmes majeures, seules ou avec enfant, dès leur sortie de détention. La majorité d'entre elles ont été condamnées dans le cadre de procédures criminelles et bénéficient d’un aménagement de peine (libération conditionnelle, bracelet électronique, placement extérieur), ou sont en fin de peine.
Le centre propose une forme d’hébergement progressive : d’abord en structure collective (12 chambres), puis en appartements individuels diffus (18 logements) situés dans le quartier. L’objectif : permettre une sortie en douceur, un temps de transition pour retrouver ses repères, apprendre à se débrouiller seule, à reconstruire un lien à soi et aux autres.
Les professionnel(le)s sont présent(e)s 24h/24, 7j/7. Cette continuité est cruciale pour accompagner les moments de bascule (rechutes, rechute addictive, chocs post-détention, épisodes psychiatriques), prévenir les sorties sèches et sécuriser les parcours.
La sortie de détention pour les femmes
Les femmes sortant de détention cumulent des fragilités multiples : parcours marqués par les violences, la désaffiliation, les addictions, l’exclusion sociale. En prison, elles sont moins nombreuses, souvent plus isolées, et moins attendues à la sortie. La répartition territoriale inégale des prisons pour femmes entraine plus facilement une rupture des liens familiaux.
Soleillet a développé une approche spécialisée de l’accompagnement, en tenant compte des effets spécifiques de l’enfermement sur les femmes : altération des repères spatio-temporels, perte du libre arbitre, culpabilité, honte, dépendances, rupture du lien à soi et aux autres.
L’accompagnement va donc bien au-delà de la recherche d’un emploi ou d’un logement. Il s’agit aussi d’aider à reconstruire une intimité, à réapprendre à poser des limites, à se réinscrire dans une trajectoire citoyenne.
Soleillet travaille également à maintenir ou renouer les liens parentaux, en lien avec les services de l’Aide sociale à l’enfance.
Une alternative concrète à la récidive
Le CHRS joue un rôle déterminant dans la prévention de la récidive. Il permet d’éviter les sorties « sèches », qui laissent les femmes seules face à la précarité et à leurs fragilités. L’accompagnement débute souvent avant la sortie, lors de permissions, pour construire un projet avec les services pénitentiaires et judiciaires. L’ancrage de Soleillet dans le réseau Justice est ancien et reconnu : c’est un partenaire de confiance des juges de l’application des peines et des SPIP.
Depuis 2024, l’ouverture du programme « Femmes Liberté Logement », porté par l’équipe de Soleillet, permet d’intervenir directement en détention pour co-construire un projet de relogement. Cet accompagnement au long cours, parfois sur plusieurs années, favorise une sortie stable et pérenne.
Un modèle à défendre
Soleillet est un lieu de reconstruction. Pour les femmes, il représente un temps pour souffler, reprendre pied, et réapprendre la liberté. Mais cette expertise reste fragile. Alors que les besoins augmentent, les financements demeurent incertains. Pérenniser ce type de dispositif est un enjeu de justice sociale autant que de sécurité publique : sans accompagnement, la prison reste un cycle qui se répète.
Plus largement, le partenariat avec le secteur associatif reste résiduel alors que, là où ils existent, ces partenariats sont appréciés par les acteurs de la Justice (TJ, SPIP). Pour changer d’échelle, il est essentiel de transformer les modalités de fonctionnement de ces partenariats ce qui suppose de permettre une intervention du secteur associatif à tout moment de la procédure judiciaire (pré sentenciel, aménagement ab initio, fin de peine), dans un cadre partenarial conventionné avec les différents acteurs du Tribunal Judiciaire ou du SPIP, et avec une visibilité en matière de financement pour les partenaires associatifs.
Le suivi socio-judiciaire des personnes placées sous-main de Justice dans le cadre du partenariat associatif permet à la fois une réponse individualisée et adaptée, mais offre aussi des garanties à moindre coût pour le service public de la Justice (45€ par jour pour un placement extérieur contre 100€ lors d’une incarcération).
