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Garry Sinkiewicz

Rencontre avec un conseiller d'insertion professionnelle d'Aurore

Journée Mondiale du travail social

Le 20 mars 2018 | Actualités - Actus à la Une - Portraits -

Journée Mondiale du travail social : psychologue de formation, Garry est à la fois conseiller en insertion professionnelle et coordinateur du dispositif PRISM d'Aurore. Rencontre avec ce jeune diplômé qui travaille pour l'insertion professionnelle des personnes éloignées de l'emploi.

De chambéry à l'université de saint-denis

Loin de la frénésie de la capitale, Garry a grandi près de Chambéry, en Savoie. Ses parents ont tous deux construit leur carrière chez EDF et étaient impliqués dans le champ syndical : « Sans que tout vienne de là, il est certain que mes parents m’ont transmis le sens de l’intérêt général et une certaine lecture de la société, un peu bagarreuse d’ailleurs ». Pourtant ce n’est pas tout de suite que Garry a su où il voulait aller : « J’envie les gens qui ont une vocation à 16 ans. Moi c’est vraiment né au fur et à mesure de mes réflexions, de mes rencontres et de mes expériences ».

 

"Mes parents m’ont transmis le sens de l’intérêt général et une certaine lecture de la société."


Après un bac général, direction la faculté de psychologie de Chambéry : « une filière qui me paraissait intellectuellement séduisante ». Trois années de licence et un questionnement professionnel naissant : « le coté clinique du métier de psychologue que je voyais approcher ne me convenait pas trop, le divan tout ça, je sentais que ça n’était pas fait pour moi ».

Garry décide alors de rejoindre l’Ile-de-France pour intégrer un master de psychologie sociale à l'université de Saint-Denis. Un tournant : « Ces années ont été celles de ma prise de conscience citoyenne, sans laquelle je ne serais pas là où je suis aujourd’hui. C’est là qu’est née ma volonté de faire bouger les choses. »


De la psychologie clinique à la realisation professionnelle dans le domaine du social

Durant son master 1, Garry effectue un premier stage au sein d'une association de quartier qui s’occupe de personnes en situation de handicap : « C’est là que j’ai choisi de privilégier une structure sociale plutôt qu’un cabinet de recrutement par exemple ». Un premier pas dans le milieu social qui allait être une orientation définitive. Le psychologue en formation trouve enfin sa place et le sens qui, à ses yeux,  manquait à son métier jusque-là : « Plus que la fonction de psychologue c’est finalement le domaine, le social, qui me convient. Après avoir découvert l’exclusion, j’ai décidé de travailler auprès de ceux qui en souffraient, et de rejoindre un secteur favorisant l’inclusion ».

C’est en janvier 2017, dans le cadre de son stage de master 2, que Garry rejoint l'équipe de PRISM, composée alors d'une équipe pulridisciplinaires d'une vingtaine de travailleurs sociaux. Le service a pour mission principale d’assurer le suivi social global d'allocataires du RSA parisiens. Accueilli par Stephane Coltorti, chef de ce service situé dans le 13ème arrondissement de Paris, il exerce pendant 6 mois le métier de conseiller d'insertion professionnelle avec une approche différente, propre à sa formation de psychologue. Ici, il a "plus appris que dans toute (sa) scolarité". A tel point qu'il y est resté !

 

Le travail d'un conseiller d'insertion professionnelle au sein d'Aurore

Le coeur de son travail : s'entretenir avec les 1100 personnes suivies à PRISM, lors d'entretiens individuels, pour leur proposer des solutions de retour à l'emploi. Il propose aux personnes suivies à PRISM l'établissement d'un bilan complet de compétences et d'envies et  apporte ensuite un accompagnement dans les démarches administratives d'accès aux aides sociales, aux formations et à l'emploi. Autant de missions qui rythment ses rendez-vous individuels.
Mais, à PRISM, Garry a aussi découvert la difficulté du système d'insertion : "La première chose qui m'a marquée au cours de mes entretiens, c'est que parfois la personne à laquelle j'allais proposer telle ou telle démarche savait mieux que moi ce dont j'allais lui parler. Après 10 ans aux minima sociaux, le suivi est devenu une routine pour certains".
 

"La première chose qui m'a marquée au cours de mes entretiens, c'est que parfois la personne savait mieux que moi ce dont j'allais lui parler. Après 10 ans aux minima sociaux, le suivi est devenu une routine pour certains."

Parmi les personnes que Garry accompagne, certaines sont en effet éloignées de l'emploi de longue date. Aucun domaine professionnel, aucune tranche d'âge ne sont épargnés : "Je rencontre autant de jeunes que de séniors, aussi bien des cadres que des personnes sorties du système scolaire sans diplôme. Beaucoup sont en situation de précarité extrême et vivent à la rue". Des situations variées mais souvent un même sentiment de honte et de découragement face à un système d'accompagnement complexe qui peut finir par sembler interminable et répétitif aux yeux des personnes sans emploi.


La complexité du parcours de retour à l'emploi, c'est ce qui explique que le travail de Garry au sein de PRISM ne s'arrête pas là. En plus de ses missions de conseiller en insertion professionnelle, il intervient dans les nombreux ateliers mis en place par le service pour créer du lien et travailler la problématique du retour à l'emploi sous un angle différent. Cuisine, écriture, informatique... Ces moments collectifs sont essentiels dans le travail de l'équipe, l'occasion pour les personnes accompagnées de s'exprimer plus librement que lors d'un entretien individuel, qui peut être intimidant. Ces ateliers permettent surtout, comme nous l’explique Garry, "de débloquer des situations, notamment en travaillant sur une estime de soi souvent bousillée par le stigmate social que représente le RSA". Une réalité dont Garry a tiré des conclusions : "En matière d'emploi il faut sortir du "quand on veut on peut", cela dévalorise les personnes qui cherchent à retrouver un emploi, psychologiquement c'est complètement contre-productif... D'autant plus que le problème du chômage à l'heure actuelle est structurel".
 

"Mon travail c'est de débloquer des situations, notamment en travaillant sur une estime de soi souvent bousillée par le stigmate social que représente le RSA."

Depuis peu, Garry est devenu coordinateur de PRISM : "Le service est en pleine évolution, et on m'a confié la coordination de l'ensemble, un sacré boulot !" Une double casquette que le jeune homme endosse avec le sourire.

Et quand on lui demande si être confronté à des situations de vie difficiles chaque jour n'est pas démotivant, il n'hésite pas une seconde : "Pas du tout, au contraire ! Les personnes que nous aidons sont très volontaires, elles me donnent envie de me bouger encore plus !"

 

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