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Convention annuelle 2018

Retour sur une journée unique dans la vie de l'association

Le 02 juillet 2018 | Actualités - Retours - Evénements -

La convention 2018 d’Aurore s’est tenue le 26 juin aux Folies Bergère, dans le 9ème arrondissement de Paris. Un lieu unique pour une journée unique, propice à la rencontre entre les différents métiers et équipes, afin de penser ensemble le travail quotidien de l’association et évoquer les enjeux de demain.

Rendez-vous annuel riche de sens dans la vie associative d’Aurore, la convention a une nouvelle fois réuni salariés, bénévoles, personnes accompagnées et partenaires d’Aurore. Ainsi, quelque 1 200 personnes étaient rassemblées pour l’événement, qui s’est ouvert sur la projection d’un Fast & Curious, à la mode Aurore.

 

 

Une matinée pour revenir sur les temps forts de l'année et la mission d'Aurore


Pour accueillir Delphine Bürkli, maire du 9ème arrondissement et Philippe Mazenc, directeur de l’UD DRIHL Paris, qui ouvraient la journée, Pierre Coppey, Président d’Aurore, a rappelé la mission et les différents métiers de l’association. L’occasion d’exprimer sa fierté quant au travail déployé par les équipes :

 

« Vous avez dans cette salle des personnes qui font un travail difficile au quotidien, reconnu, je crois, par nos partenaires. Plus de 2 000 professionnels et plus de 1 000 bénévoles qui ne ménagent ni leur temps, ni leur énergie, ni leur engagement, pour accueillir et accompagner des personnes en situation de précarité ou d’exclusion vers une plus grande autonomie.
Chaque fois que je découvre un service je suis bluffé par l’humanisme, la bienveillance, le désintéressement et l’engagement des personnes qui y travaillent. C’est notre marque de fabrique et je crois que c’est une source de fierté.» 

 

Un travail que Pierre Coppey a appelé à poursuivre avec le même courage et la même intensité : « Car si, dix ans après, les effets de la crise économique de 2008 s’estompent et si la France retrouve le chemin de la croissance, les causes essentielles de la précarité - le chômage de longue durée et le manque de logements accessibles - continuent de produire de plus en plus d’inégalités sociales et de situations d’exclusion ».

Tout en rappelant que contre cela le secteur associatif constitue un véritable rempart : « Notre rôle est capital. Ensemble nous devons nous mettre en condition d’agir pour faire face non pas aux crises hier, mais à celles de demain. Ce qui implique de faire preuve de souplesse, d’engagement, de réactivité et d’innovation. »

 
Un rôle crucial sur le terrain reconnu et salué par Delphine Bürkli, maire du 9ème arrondissement, où Aurore gère le centre de prévention et le CHRS Siloë : « Vous êtes des acteurs indispensables à notre société qui ne va pas bien. Tous les jours, sur le terrain, vous inventez, vous innovez.  Aujourd’hui, vous êtes pour les élus locaux que nous sommes des remparts essentiels. »

Philippe Mazenc, directeur de l‘UD DRIHL de Paris, a également salué la collaboration avec Aurore, sur les questions de logement et d’hébergement : « Je tiens sincèrement à vous remercier pour le travail que l’on fait tous les jours ensemble et à vous dire que c’est un plaisir de travailler avec des gens qui ont les valeurs qui sont les vôtres. Les réflexions que nous menons sur le long terme, nous les menons en commun, avec vous qui avez une culture pragmatique et opérationnelle. »

 

S'adapter aux evolutions du secteur


Eric Pliez, directeur général d’Aurore, a lui insisté sur la transversalité nécessaire pour accomplir cette mission d’accompagnement, qui se veut non seulement globale, mais individuelle, adaptée à chaque parcours.

 

« Ce qui motive notre présence, c’est notre volonté à travers nos métiers ou notre intervention bénévole, d’accompagner l’autre dans un moment de sa vie, plus ou moins long. D’accompagner des personnes, dans leur singularité. Chacun d’entre vous pourrait raconter l’histoire d’une personne, voire de 10, de 20, de 100 personnes accueillies ou accompagnées. Dans ce genre d’événements annuels, lors desquels on rappelle volontiers les données clefs, on finit parfois par oublier que derrière les chiffres il y a des histoires. Et c’est là que réside notre métier. Derrière le chiffre de 37 310 personnes accueillies en 2017, il y a 37 310 histoires de vie, 37 310 personnes. »

Après être revenu sur les différents temps forts de cette année écoulée, en termes d’ouverture de projets notamment, Eric Pliez a évoqué un secteur du travail social et médico-social en pleine transformation, qui nécessite le développement d’actions d’accompagnement ancrées dans le principe de la transversalité :

« Déshumanisation du travail social, professions sociales qui attirent moins, concurrence nouvelle d’un « business du pauvre » : je vous le dis comme je le pense, nous vivons un tournant historique de l’histoire du secteur social.

Face à ces évolutions, nous devons nous adapter et nous projeter vers l’avenir. Il y a pour cela plusieurs chantiers que nous devons mener de front : celui de la gestion et des fonctions supports, celui du développement par la transversalité, et celui de la qualité, ce sont nos priorités pour les mois à venir. »

Pour y parvenir, Eric Pliez prône un travail « totalement décloisonné et plus partenarial » afin de développer l’aller vers et les dispositifs hors les murs. Le logement d’abord en a été un exemple, mais d’autres expériences positives allant dans ce sens ont été rappelées, telles que les maraudes, l’ASLL, les équipes mobiles, de soins et de spécialistes des addictions, ou encore le dispositif Interlignes d’aide à l’alphabétisation pour les habitants du bailleur social Toit et Joie.

Cette transversalité des métiers s’opère également en interne, dans certains centres d’hébergement pour réfugiés notamment, dans lesquels des équipes de l’insertion et de la santé interviennent pour donner des cours de langues, apporter un soutien psychique et accompagner les réfugiés vers l’emploi.

 

Se connaître, se reconnaître

La convention d’Aurore, c’est une journée pour penser l’action sociale et médico-sociale au quotidien, mais aussi et surtout une occasion unique de rencontres et de découvertes entre les équipes des plus de 200 établissements gérés par l’association. 

Après une matinée de plénière, le déjeuner a eu lieu au cœur du « Forum Aurore » : dans le hall d’entrée et à l’étage, 18 services et activités avaient aménagé des stands destinés à présenter leur travail, leurs actualités et les réalisations des personnes qu’ils accompagnent.

Se rencontrer et échanger, mutualiser les contacts, partenariats et bonnes pratiques, prendre du recul sur le quotidien et mettre en perspective son travail quotidien grâce à celui de ses pairs… Autant d’atouts de ce forum, quand les 2 000 professionnels de l’association ont peu d’occasions de se rencontrer.
 


C’est dans cette ambiance conviviale que s’est tenue une scène ouverte à tous, salariés, bénévoles et personnes accueillies, souhaitant partager un de leurs talents. Pièce de théâtre jouée par les jeunes de l’EDI Odyssée, danse orientale par une salariée, musique sénégalaise, punk et coupé-décalé par le groupe KaceKode, issu de l’atelier musique des Grands Voisins, lecture d’un texte collectif sur l’exil par l’équipe d’un centre d’hébergement d’urgence pour migrants… Animés par Thomas Barbier, le directeur administratif et financier adjoint, les talents d’Aurore ont été à la hauteur des artistes habituellement en représentation sur la scène des Folies Bergère !
 

 

Confronter la théorie à la pratique indviduelle : conférence sur l'éthqiue de l'accompagnement


Comment trouver l’équilibre entre empathie et distance ? Entre urgence et accompagnement durable ? Entre « prise en charge » et « projet individuel » ? Entre droits et devoirs des personnes accueillies ? Autant de problématiques communes aux équipes de l’association, confrontées régulièrement à des situations où l’application des valeurs – associatives et personnelles -  n’est pas évidente.

L’accompagnement est par nature individuel et comporte une part de doute face aux situations toutes particulières qui sont rencontrées, de sorte que chaque salarié, chaque bénévole, chaque individu applique à sa façon les valeurs portées par l’association. Ces valeurs et ce pragmatisme restent le socle commun de l’action de chacun. Ce socle commun se doit donc d’être solide et la conférence qui s’est tenue l’après-midi dans le théâtre a été l’occasion de l’interroger.

Aborder l’accompagnement sous l’angle de l’éthique a été aussi une manière de lui redonner du sens, alors qu’il est parfois remis en question.

Pour ouvrir ce temps d’échange, la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury est revenue sur les notions d’éthique et d’accompagnement. Avant de porter un message d’encouragement aux équipes, dans le métier de patience et de justesse qui est le leur :
 

« Personne ne peut connaître à l’avance une dynamique capacitaire, elle n’est pas linéaire. Contre l’écueil du désenchantement qui nous guette tous, il faut garder à l’esprit que le déclic peut se faire à tout moment chez la personne accompagnée, parfois après des années ou même sur les générations suivantes. Notre travail c’est de l’accompagner dans cela, dans cette révélation d’une capacité d’autonomisation propre, et ne pas être juge et partie. » 


Une intervention présentée sous les prismes de l’autonomie, de la théorie des capabilités de d’Amartya Sen et de l’éthique du Care, que vous pourrez retrouver prochainement en vidéo.

Confronter la théorie à la pratique, cela veut aussi dire évoquer des situations, des histoires concrètes et interpeller les équipes à ce sujet. Aux côtés de Cynthia Fleury, trois professionnels d’Aurore ont apporté leur propre conception ou interrogations quant à cette éthique de l’accompagnement.

Alain Salque, directeur territorial du pôle Accueils, Santé, Précarité (soins psychiques), a commencé par un cas très concret en présentant une vignette clinique du foyer de vie Le Berceau, interrogeant l’équilibre entre le collectif et l’individuel. Un questionnement entre libre arbitre, liberté, autonomie et accompagnement : « L’accompagnant n’est pas là pour dire ce qu’il faut faire ou comment le faire mais se faire simple miroir permettant à l’autre de s’inventer, de dire, de se projeter et de se placer à une juste distance. » Si le doute est à la base des différents questionnements éthiques, pour Alain Salque « le doute est à cultiver dans notre métier, pour être toujours réflexion, pour réévaluer et complexifier notre cheminement. Ainsi on peut inventer et décider ».

Gilles Walquenart, directeur territorial du pôle Urgence sociale et hébergement a, lui, évoqué les tensions entre logique de mission et logique de gestion, dans des situations d’urgence notamment, qui ne permettent pas toujours l’application des valeurs de l’association. Un sentiment de pression partagé par plusieurs professionnels présents et qui interroge les limites de l’accompagnement.

Geneviève Baraton, directrice territoriale du pôle Accueils, Santé, Précarité (pathologies chroniques et addictions), a rebondi sur cette question des limites de l’accompagnement et du seuil de ce qui paraît acceptable. Dans ces situations, Geneviève Baraton précise que « la réunion d’équipe permet de supporter ce qui est insupportable, de comprendre l’impossible à comprendre ».

Ces regards croisés, faits d’expériences de terrain et de réflexions philosophiques, ont permis de mettre en avant la notion de doute, inhérent au travail d’accompagnement et inhérent à la notion d’éthique.

L’éthique c’est le respect de l’autre, de sa singularité et de son altérité. Une éthique de l’accompagnement ne cherche donc pas à appliquer des recettes relationnelles n’ayant rien à voir avec l’idée même de relation et de ce qu’elle exige, éthiquement et humainement.

Non que le travail social et médico-social ne doive se donner un ensemble de valeurs communes pour conférer un sens et une cohérence à ses actions, dans la pratique, c’est la personnalité, la créativité de chacun, qui guide l’accompagnement au quotidien.
 

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