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Quelle insertion pour les personnes en situation de handicap ?

Un accompagnement adapté aux perspectives et possibilités de chacun

Le 28 novembre 2017 | Actualités - Actus à la Une - Tribunes -

Mercredi 15 novembre, une quinzaine d’étudiants de l’école de commerce ISTEC rencontrait Claude Magdelonnette, Directeur du pôle Accueils santé précarité d’Aurore, sur le site des Grands Voisins. L’objectif de cette journée : proposer à ces jeunes de s’écarter du cadre de leurs études de commerces en leur permettant d’appréhender le travail de l’association et ses enjeux en termes d’insertion des personnes, en situation de handicap notamment.

QUELLES SONT LES ACTIONS DU POLE ACCUEILS SANTE PRECARITE D’AURORE ?

 

Le pôle Accueils santé précarité accompagne des enfants et adultes dont l’autonomie ou l’inclusion dans la société est freinée par une problématique de santé mentale ou physique. Il regroupe aujourd’hui 490 salariés dans 37 établissements et services d’accueil de jour ou d’hébergement, qui accompagnent des publics divers.

Il peut d’abord s’agir de personnes en situation de précarité souffrant d’une maladie chronique, avec pour certaines un pronostic vital engagé à court terme. C’est souvent le cas des personnes accueillies aux Lits halte soins santé (LHSS) d’Aurore à Gagny, des personnes sans domicile qui ont besoin de soins qu’elles ne pourraient recevoir dans la rue, et c’est à ce titre que nous les accueillons. Parfois, le travail de l’équipe va davantage être de l’accompagnement vers la fin de vie que vers l’insertion... Pour les personnes dont l’état de santé permet une plus grande autonomie, Aurore propose également des appartements de coordination thérapeutique (ACT).       

Le pôle Accueils santé précarité développe également des actions à destination des personnes en situation d’addiction, avec par exemple des Centres d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues (CAARUD), des Centres de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA), des communautés thérapeutiques où les personnes peuvent se sevrer sur le long terme… Souvent il s’agit de parcours marqués par les infractions et la prison, lieu de consommation mais aussi parfois de premier contact avec les équipes d’Aurore.

Le pôle intervient aussi auprès de personnes en situation de handicap physique, avec par exemple le centre Logis, qui héberge dans des logements adaptés des personnes souffrant d’un traumatisme crânien. Ce sont des personnes qui vivent souvent de longs mois de rééducation en centre suite à un accident, une chute etc. et qui ne peuvent pas vivre seules.

 

Les formes de handicap sont multiples, et les approches et réponses le sont tout autant.

L’une des spécificités historique d’Aurore est sa prise en charge des personnes ayant des troubles psychiatriques. Nous pouvons par exemple héberger les personnes juste après une hospitalisation si elles ne peuvent pas encore vivre en logement autonome, ou bien les accueillir en journée pour leur permettre une alternative à l’hospitalisation à temps plein. C’est le cas des hôpitaux de jour et foyers Cévennes et Labrador.

Le pôle accompagne également des enfants. Le dispositif EVEIL ITEP et SESSAD favorise par exemple la socialisation et la capacité d’apprentissage d’enfants rencontrant des troubles du comportement et de la personnalité. A l’hôpital de jour Dutot, ces sont des enfants présentant des troubles psychopathologiques (autisme, psychoses) qui sont accueillis en journée, de préférence à temps partiel pour préserver leur niveau d’insertion scolaire. Le but des équipes médico-sociales : proposer des soins thérapeutiques pour permettre à ces enfants d’apaiser leur angoisse, gagner en autonomie et ainsi reconstruire leur lien à l’autre.

Les formes de handicap des adultes et des enfants sont multiples, et les approches et réponses apportées par les équipes le sont tout autant.

 

COMBIEN DE TEMPS ACCOMPAGNEZ-VOUS LES PERSONNES ?

 

Tous les publics ne sont pas égaux dans leur perspectives d’insertion sociale et professionnelle, et notre accompagnement va s’adapter à chacune des situations. D’ailleurs, selon les situations et publics, la notion d’insertion va être différente. Il ne faut pas penser l’insertion comme quelque chose de figé, une finalité en soi, mais davantage comme un mouvement vers l’avant, adapté aux possibilités et envies de la personne.

 

L’insertion n’est pas une finalité en soi mais un mouvement vers l’avant, adapté aux possibilités et envies de la personne.

Une partie du public que nous accompagnons - notamment dans le pôle Urgence sociale et hébergement, Habitats, et Insertion - se trouve en précarité économique et a besoin de notre soutien le temps de se rétablir. Ce sont des personnes qui ont connu un incident de parcours : perte de l’emploi, du logement, démêlés judiciaires etc… Mais qui sont proches de l’autonomie. Pour ces personnes, l’accompagnement d’Aurore vers l’insertion va être très concret : hébergement temporaire, ouvertures de droits et cours de français pour les nouveaux arrivants régularisés, intermédiation locative pour les ménages en attente de logements sociaux…              
 

Parfois, notre travail d’insertion c’est d’abord « l’aller vers »   

Mais toutes les personnes que nous suivons ne sont pas dans cette situation. Au sein du pôle Accueils santé précarité notamment, l’accompagnement vers la stabilisation des parcours est souvent un travail de longue haleine.     

  
Prenons pour exemple les consommateurs de crack – une drogue particulièrement désocialisante - de la goutte d’or. Leur quotidien tourne entièrement autour de la consommation du produit, ils n’ont pas forcément la volonté ni la capacité de vivre autrement. Auprès de ces personnes, notre travail d’insertion consiste d’abord à « l’aller vers », une mission qui nous rapproche d’ailleurs parfois du pôle Urgence sociale et hébergement d’Aurore. Aller rencontrer les consommateurs dans les squats, leur proposer de venir au local pour prendre une douche, un café, et de repartir avec du matéril stérile… Pour nous c’est la première étape. De là, certains formuleront la demande d’un hébergement, et on va pouvoir leur proposer une solution d’hébergement, à l'hôtel ou en collectif, avec en parallèle un suivi medico-social et sanitaire sur la durée.       
 

Des personnes retrouvent un niveau d’insertion professionnelle, ont un travail tout en continuant à consommer des stupéfiants, mais de manière stabilisée… Pour d’autres il y a des progressions très importantes, des départs en sevrages longs, dans la Communauté thérapeutique d’Aurore à Aubervilliers par exemple, où on va travailler plus concrètement sur l’insertion sociale professionnelle de la personne à partir de ses envies et expériences.

 

L’insertion prend du temps, et certaines personnes ne pourront jamais être stabilisées, mais le plus important est que toutes trouvent leur place et soient accompagnées le temps qu’il faut.      

Le rôle des associations et autres acteurs engagés auprès des personnes en situation d’addiction, c’est d’accepter leur dépendance comme une maladie, d’accepter ses cycles, de les sensibiliser aux principes de la réduction des risques afin de limiter la transmission d’infections liées à leurs consommations, tout en ayant un premier lien avec eux, discuter de leurs situations, problématiques… En somme, retisser du lien social et amorcer le travail d’accompagnement.

Parfois les choses prennent beaucoup de temps, plusieurs années, quel que soit le public. L’insertion prend du temps, et certaines personnes ne pourront jamais se stabiliser, mais le plus important est que toutes trouvent leur place et soient accompagnées le temps qu’il faut.

 

L’ACCOMPAGNEMENT VERS L’INSERTION DES PUBLICS EN SITUATION DE HANDICAP PHYSIQUE OU PSYCHIQUE EST-IL SPECIFIQUE ?

 

Il est déjà difficile de décrocher un emploi, mais pour les personnes en situation de handicap physique et psychique, la réinsertion par l’emploi est une vraie difficulté. Il existe une obligation légale pour les entreprises d’employer ces publics, ainsi que des possibilités d’accompagnement de ces personnes au sein du milieu professionnel ordinaire, afin de favoriser leur intégration. Pour autant, rares sont les employeurs qui respectent cette législation.

Il existe également un milieu professionnel protégé, avec les établissements et services d’aide par le travail (ESAT) au sein desquels des adultes dans l’incapacité momentanée d’exercer une activité professionnelle en milieu ordinaire vont pouvoir avoir une activité tout en bénéficiant d’un encadrement adapté. Le pôle ESAT d'Aurore gère deux établissements de ce type : l'Espace Aurore et le restaurant Santeuil.         
 

Tous les adultes en situation de handicap n’ont pas la possibilité d’avoir une activité professionnelle. Là, notre travail repose davantage sur l’insertion sociale.

Mais tous les adultes en situation de handicap n’ont pas la possibilité d’avoir une activité professionnelle, certains devront être accompagnés tout au long de leur vie. Auprès de ces personnes, notre travail repose davantage sur l’insertion sociale. Car le handicap, et particulièrement le handicap psychique, a pour spécificité d’isoler les personnes. Tout le monde n’est pas à l’aise avec les troubles psychiques, et cela a une conséquence sur l’inclusion professionnelle et sociale de ces personnes, dont les troubles peuvent en plus les pousser à se replier sur elles-mêmes. 

C’est pourquoi les ateliers collectifs sont largement répandus au sein du pôle Accueils santé précarité d’Aurore. Adaptés aux besoins et « capacités » des personnes accueillies, ces activités encadrées par des professionnels du medico-social sont un outil de partage et de socialisation entre personnes accueillies, mais aussi d’ouverture sur l’extérieur.

C’est le cas dans les deux services d’accompagnement à la vie sociale (SAVS) 13 et 15 d’Aurore, qui accueillent en journée des adultes ayant des troubles psychiques. Certains peuvent vivre de manière autonome, avoir un emploi en milieu ordinaire. Mais tous souffrent d’un certain isolement, et le SAVS est un lieu où ils trouvent une écoute, une présence et des activités de groupe répondant à leurs besoins : cuisine, hygiène, accès aux soins etc… Les SAVS organisent aussi régulièrement des événements ouverts sur le quartier, l’occasion d’expliquer l’action du centre aux riverains et de créer du lien avec les personnes accueillies.          
 

Certains peuvent vivre de manière autonome, avoir un emploi en milieu ordinaire. Mais tous souffrent d’un certain isolement.

La société évolue et son regard sur la question du handicap également. La loi du 11 février 2005 est l’une de ces avancées. Elle définit ce qu’est le handicap et consacre surtout une réflexion du côté de l’inclusion de ces publics. L’idée est d’expliquer que ce n’est pas la personne qui est handicapée, mais la société qui l’handicape. Par exemple, en n’adaptant pas l’accessibilité des établissements publiques, logements et transports en commun aux personnes à mobilité réduite, la société handicape ces personnes.

 

La société évolue et son regard sur la question du handicap également.

Il y a donc ces dernières années une vraie réflexion sur ces questions, avec notamment l’apparition d’obligations légales dans le domaine de la construction pour adapter les logements aux personnes à mobilité réduite (pictogrammes dans les parties communes, rampes, portes plus larges, prises à hauteur de taille etc.) et faire en sorte que celle-ci puissent accéder plus facilement à l’autonomie

Merci aux étudiants de l’ISTEC pour leur visite et leur intérêt pour le travail d’Aurore !

En espérant que cette rencontre pourra faire éclore des vocations chez certains. Une chose est sûre, elle aura permis de rééquilibrer parfois la vision et surtout le récit de ces situations de précarité ou d’isolement. « N’oubliez pas de regarder autour de vous et de prendre conscience que certaines connaissances, professionnelles ou personnelles, peuvent faire face à une situation de précarité économique, d’exclusion, d’addiction ou autre problématiques sur lesquelles nous intervenons. Il n’y a pas de « eux et moi », c’est ce qu’il faut retenir. »
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