Un chez soi d'abord :

Le logement, droit fondamental et préalable à l'accompagnement

 

Le 1 janvier 2017, le dispositif « Un chez soi d’abord » a été généralisé par décret à l’ensemble du territoire. Expérimenté depuis 2011 et coordonné à Paris par Aurore, ce programme est un changement radical et novateur dans la logique d’accompagnement des plus précaires.

 

Le dispositif Un chez soi d'abord généralisé

© Aimée Thirion

 

Lutter contre la fatalité de la rue

Un tiers des personnes vivant à la rue souffrent de problèmes psychiques sévères. Présentant souvent des problématiques d’addiction et ne rentrant pas dans les cases des dispositifs classiques d’accompagnement, ces personnes sont particulièrement vulnérables. Pour rappel, les personnes sans abri vivent en moyenne 30 ans de moins que la population générale.

C’est pour combattre ce phénomène que le Ministère de la Santé, le Ministère du logement et la Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement (DIHAL) ont lancé, en 2011, le dispositif expérimental « Un chez soi d’abord » à Marseille, Lille, Toulouse et Paris. Son objectif : proposer à des personnes en situation d’errance et souffrant de troubles psychiques sévères ou d’addictions d’accéder à un logement ordinaire directement depuis la rue, au sein duquel ils recevront un accompagnement soutenu par une équipe médico-sociale pluridisciplinaire.

C’est à Aurore qu’a été confiée la coordination de l’expérimentation parisienne, menée conjointement avec l’Etablissement Public de Santé Maison Blanche, l’Association des Cités du Secours Catholique, l’Association Charonne, l’Oeuvre Falret et le Centre d’Action Sociale de la Ville de Paris.

 

Aller vers et inverser la logique d’aide

Un chez soi d’abord est la transposition française du projet américain « Housing First », initiée à New-York dans les années 90 sous l’impulsion du Docteur Sam Tsemberis. Inscrite dans la logique du « logement d’abord », cette prise en charge alternative entérine l’accès direct au logement comme fondamental et préalable à toute démarche de soins et d’insertion. Comment espérer une stabilisation des personnes quand celles-ci vivent un quotidien aussi chaotique que celui de la rue ?

Dans le programme Un chez soi d’abord, l’installation de la personne dans un logement (qu’elle aura choisi) n’est qu’un moyen à partir duquel s’articule un accompagnement global du locataire par une équipe médico-sociale, qui assure la création et la continuité d’un réseau d’acteurs personnels et professionnels autour d’elle. Ainsi, le locataire dispose des outils nécessaires pour travailler, à son rythme, à la résolution de ses problématiques individuelles.

Les piliers du dispositif : responsabilisation de la personne, poursuite de l’accompagnement vers le rétablissement quel que soit son parcours résidentiel, (sortie du logement, incarcération, mobilité, consommation active de produits…), multi-référence de l’équipe, présence de travailleurs pairs et accompagnement dans l’environnement.
Cinq ans après la mise en place de l’expérimentation parisienne, 96% des personnes qu’elle a intégrées sont toujours suivies, dont 86% sont toujours dans le logement et 80% reçoivent des soins de santé mentale.

 

La solidarité n’est pas un coût mais un investissement

Un groupe de recherche a suivi l’évolution des situations des participants au programme, les comparant à celle d’un échantillon de personnes présentant le même profil mais non prises en charge dans un logement. Les conclusions de l’étude scientifique sont sans équivoque : les résultats de ce modèle en termes de bien-être, de santé mentale et de réinsertion sociale sont bien plus probants que ceux d’une prise en charge classique.

 

Résultats Un chez soi d'abordCe mode de prise en charge est également plus rentable, de par la réduction de moitié des durées d’hospitalisation des personnes. C’est donc un fait : la solidarité n’est pas un coût mais un investissement.
Fort de ses résultats, le dispositif va donc être généralisé sur l’ensemble du territoire national. 16 nouveaux sites seront ainsi intégrés d’ici 2022, avec un total de 2 000 places ouvertes.

Bien sûr, l’objectif pourrait être plus ambitieux : Aurore se félicite des synergies déployées à travers cette pérennisation, mais suggère que ce plan revoie le nombre de places à la hausse et qu’il élargisse son public, notamment aux jeunes et aux familles.

Comme l’explique Bruno Torregrossa, coordinateur Aurore d’Un chez soi d’abord à Paris : « Nous avons encore énormément de chemin à parcourir pour promouvoir ces nouvelles pratiques, pour penser le logement comme outil et point de départ des processus de rétablissement, pour s’appuyer sur le savoir expérientiel des travailleurs pairs et des personnes que nous accompagnons et favoriser leur « empowerment », leur participation dans nos instances organisationnelles et leur inclusion sociale et citoyenne« .

 

 

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