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Un des espaces d'accueil d'Aurore ©Laurent Zylberman / Graphix-Images

"Séropositive et sans abri, je m'en suis sortie grâce à une famille d'accueil"

Témoignage de Marie pour Le Plus du Nouvel Obs

Le 31 mai 2014 | Actualités - Témoignages -

Marie a la trentaine et est atteinte du VIH. Sans abri, sans proches à ses côtés, complètement isolée, elle a pu s'en sortir grâce à un dispositif d'Aurore unique en France : l'accueil de malades au sein de familles, le temps de reprendre pied. Elle témoigne pour Le Plus du Nouvel Obs. 450

Je viens de la Guinée Conakry, où je subissais la violence de mon mari. Je suis arrivée en France en mars 2013. Je ne suis pas là par hasard. J’ai fui parce que je subissais une violence familiale.

Quand je suis arrivée à Nantes, je ne connaissais personne et j’étais sans abri. Ma maladie a été découverte ici, un mois après mon arrivée : j'étais séropositive. Ça a été un choc pour moi.

J’ai été mariée très jeune et j’ai toujours été fidèle à mon mari. Alors je ne m’attendais vraiment pas à avoir cette maladie. Je ne sais pas comment j’ai pu l’attraper, sûrement par mon mari… Ça a donc été découvert ici, et depuis ça a été catastrophique pour moi. J’ai été très traumatisée par la nouvelle.

 

Trop fatiguée, déprimée, je ne savais plus quoi faire

 

J’ai eu un suivi au Centre hospitalier universitaire de Nantes, qui m’a vraiment beaucoup aidée. J’y ai rencontré une assistante sociale qui a contacté Claudie, qui est la coordinatrice du dispositif familles-relais d’Aurore [1]. Le principe, c'est que des familles accueillent chez elles des personnes malades du VIH ou d’une hépatite pour un temps de repos. C'est une expérimentation unique en France, appelée famille-relais.

Claudie a aussitôt commencé les démarches pour que je sois admise dans le dispositif. Parce qu’à cette période j’allais d’hôtels en hôtels, donc je n’arrivais pas à me poser et c’était difficile pour moi.

Entre-temps, je suis vraiment "tombée".

J’étais trop fatiguée, déprimée, je ne savais plus quoi faire…

C’était le chaos. J’ai été admise à l’hôpital, et j’y suis restée plusieurs semaines. Claudie, qui est venue me voir à l’hôpital, m’a demandé si j’étais toujours partante pour aller en famille d’accueil. Je lui ai répondu que oui. Claudie a aussitôt pris contact avec une famille, celle de Pierre et Françoise, et m’a amenée chez eux pour les rencontrer.

 

La famille m'a aidée à trouver un équilibre

 

Quand je suis arrivée dans la famille, au début ça n’a pas été facile. J’étais vraiment déboussolée, j’étais là sans être là. Il y avait la maladie, la différence de culture, et plein d’autres choses. Et puis je suis timide de nature… Du coup j’étais toujours à l’écart dans ma chambre, je ne parlais pas.

Mais la famille m’a vraiment sortie de cette solitude, c’était son but. De me parler, de m’aider surtout, dans mes démarches mais aussi de m’aider à me poser, à retrouver un équilibre. Parce que quand je suis stressée, tout se chamboule, la maladie revient en force. Dès qu’une petite chose me stresse, je ne suis plus moi-même, je change, je maigris…

A table on discutait tout le temps, et on parlait de tout. C’est grâce à ça que j’ai eu le courage de parler de ma vie, de mon passé, de mon arrivée en France… et même de ma maladie. Et ça, je n’en avais parlé qu’avec les professionnels : mon assistante sociale, mon médecin, ma psychologue etc… Parce que j’étais vraiment déprimée. Là je continue à prendre des antidépresseurs, j’arrêterai quand mon médecin me dira d’arrêter.

 

Françoise, c’est comme une mère pour moi

 

C’était comme si j’étais dans ma famille. Françoise, aujourd’hui, c’est comme une mère pour moi. Elle est issue d’une grande famille et a beaucoup d’enfants. A chaque fois qu’on faisait un dîner de famille, la table était grande et j’étais la seule africaine alors j’étais un peu gênée. Mais elle me faisait apparaître. Elle me plaçait juste à côté d’elle, me présentait, me faisait parler, faisait en sorte que je sois à l’aise, que je me sente comme l’une des leurs. Et ça, ça m’a beaucoup marquée.

Elle m’a vraiment ouvert toutes les portes, elle a fait en sorte que j’aie confiance en elle. J’ai eu confiance en elle et elle a eu confiance en moi. Elle me laissait à la maison, on est même allées dans leur village, je connais toute sa famille et celle de son mari. Ils m’ont vraiment aidée, sincèrement.

Donc j’avais une famille et j’étais surveillée. Bien-sûr je ne suis pas une gamine, mais c’était cadré et j’en avais vraiment besoin à ce moment là. J’ai pu me poser un moment, j’ai vraiment repris confiance en moi, j’ai retrouvé un équilibre.

 

Quand j'ai quitté la famille, j'avais les larmes aux yeux

 

Quatre mois après mon arrivée chez la famille, mon assistante sociale m’a trouvé une place en appartement de coordination thérapeutique. Le 6 janvier on est allées ensemble dans mon nouvel hébergement, on avait les larmes aux yeux. Il y avait aussi Claudie, qui a été très présente avec moi. Elle est en contact permanent avec la personne accueillie et la famille, c’est rassurant.

Aujourd’hui, je vis toujours dans mon appartement, pour lequel je verse une petite participation financière chaque mois. Si je pouvais, je paierais plus. Ce que je recherche, ce n’est pas un hébergement gratuit. Mais pour l’instant, je ne gagne que 300 euros mois, liés à ma situation de migrante (ils proviennent de l'allocation temporaire d'attente, versée aux personnes en cours de régularisation, ndlr) et je ne peux pas me priver plus que je ne le fais déjà.

Concernant mon état de santé, je suis mon traitement, sans effets secondaires, donc physiquement je vais plutôt bien.

Avec Pierre et Françoise, on se voit très souvent, on est même tout le temps ensemble. Françoise m’aide beaucoup, même dans les démarches administratives. Aujourd’hui, c’est comme une mère pour moi.

 

 

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